Burkina Faso: L'argent de l'or fait "rêver" les populations des zones minières

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 Le Burkina Faso connaît ces dernières années un boom minier, notamment de l'or, une nouvelle donne qui fait déjà "saliver" les populations des zones aurifères, qui estiment qu'elles sont mises à l'écart dans la répartition des fruits de son exploitation, alors qu'elles subissent les "effets négatifs" de cette activité.

Quatrième pays producteur d'or d'Afrique derrière l'Afrique du Sud, le Ghana et le Mali, le Burkina Faso compte quatre unités industrielles d'exploitation de l'or au Centre, au Nord, au Sud- Ouest et à l'Ouest du pays.

L'exploitation industrielle de l'or a rapporté au Trésor public plus de 190 milliards de F CFA (environ 380 millions USD) en 2013 pour une production de 32 tonnes d'or.

Le secteur représentait 26% du PIB en 2009 et 45% des exportations en 2012.

En dépit de ces "performances" minières, plus de 46% des 17 millions d'habitants de ce pays enclavé au coeur de l'Afrique de l' Ouest, vit en-dessous du seuil de pauvreté. Les populations des communes abritant les entreprises minières estiment qu'elles sont mises à l'écart dans la répartition des fruits de cette croissance.

"Les sociétés minières ne s'occupent pas de nos populations. Venez voir chez moi. Il n'y a même pas de bonnes routes. Elles s' occupent uniquement des routes qu'elles empruntent", s'est indigné Raaga Yaméogo, maire de Yalgo, une commune abritant un site minier au Nord du pays.

"Je ne pense pas que c'est du développement. Nous sommes réellement en train de reculer", a-t-il ajouté lors d'une rencontre des conseillers municipaux à Ouagadougou.

Depuis 2003 où le Burkina Fasoa adopté un code minier jugé favorable aux investisseurs, la société civile n'a cessé de presser le gouvernement à revoir sa copie.

Une étude commanditée par un réseau de journalistes portant sur l'indice de gouvernance des ressources naturelles a d'ailleurs attribué au Burkina Faso un score "défaillant" dû en particulier au "manque de transparence budgétaire et de redevabilité et d' efficacité gouvernementale.

Face à cette plainte des populations, un projet de loi initié par le gouvernement sur un nouveau code minier prévoit la création d'un fonds de développement local devant prendre en compte la mise en oeuvre des plans régionaux et communaux de développement, est actuellement en élaboration.

Début octobre, une coalition de 13 organisations de la société civile burkinabé a appelé les parlementaires à user de leurs prérogatives pour obtenir, des sociétés d'exploitation minière, 1% de leurs chiffres d'affaires aux profit des collectivités locales, alors que ces sociétés proposent 0,5% dans le nouveau code en gestation.

"Les sociétés minières ne mettent pas à la disposition des collectivités locales leurs cahiers de charge. Elles travaillent et on ne voit rien", a dit un gestionnaire de finance d'une commune sous le couvert de l'anonymat.

Cette source a par ailleurs indiqué que "les entreprises minières ne s'occupent pas des effets néfastes de leur activité".

"Comment voulez-vous qu'une commune comme la mienne qui vit des impôts puisse survivre, sans que les entreprises installées sur notre territoire ne collaborent pas ?", s'est interrogé Boureima Maïga, le maire de Falangoutou (Nord).

Adrien Somda, inspecteur des impôts, rassure que "tout sera mis en oeuvre pour assainir le secteur", ajoutant cependant qu'il ne faut pas confondre le rôle de l'Etat et celui des entreprises minières.

"Les entreprises minières n'ont pas obligation de participer directement au développement des communes riveraines. C'est l'Etat qui doit s'en charger grâce aux impôts qu'il collecte avec celles- ci", a-t-il précisé.

Suite à ces incompréhensions, l'Etat burkinabé a décidé d' adhérer à l'Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE) en 2007.

"A travers cette initiative, le Burkina a décidé d'avancer vers plus de transparence, d'efficacité, de durabilité, de redevabilité et de sécurité dans le domaine minier par le biais d'un dialogue avec et entre les citoyens", lit-on dans le rapport 2013 sur l' ITIE.

Selon le Secrétaire général du ministère en charge des finances, Tibila Kaboré, au bout de cinq années de mise en oeuvre de cet outil de contrôle, le Burkina Faso a obtenu le statut de "pays conforme".

Le président du Réseau Afrique jeunesse Daniel Da a indiqué qu' il est nécessaire que le Burkina faso songe à construire un " comptoir unique" de vente et d'achat du métal précieux.

source
http://french.xinhuanet.com/2014-10/10/c_133704044.htm