Élections au Congo : le Parlement belge met de l’huile sur le feu

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Le 20 juillet, le Parlement belge a voté une résolution sur la situation dans la République démocratique du Congo (RDC). Le texte appelle à geler l’aide direct au Congo si Kinshasa n’organise pas d’élections présidentielles avant fin novembre. Va-t-on vers une nouvelle crise dans les relations entre les deux pays ?
En novembre de l’année passée, le président congolais Joseph Kabila a appelé à un dialogue entre tous les acteurs politiques congolais et la société civile sur les problèmes de l’organisation des élections au Congo et pour « chercher un consensus pour un calendrier électoral réaliste ». Avec son budget dérisoire (deux fois le budget de la ville d’Anvers), le gouvernement congolais argumente qu’il n’est pas capable d’organiser les élections prévues selon la constitution, c’est-à-dire avant fin novembre de cette année. L’opposition, de son côté, a fait depuis des années du respect du délai fixé dans la constitution son cheval de bataille. Au fur et à mesure que la date limite approche, la tension monte, donc.

La résolution votée au Parlement belge demande au gouvernement belge de geler l’aide directe au gouvernement congolais si la date des élections prévue pour le 27 novembre n’est pas respectée. Avec une telle position, les députés belges s’ingèrent dans ce débat du monde politique congolais, prenant position pour l’opposition contre le gouvernement congolais.

« Il ne peut y avoir d’élections fiables le 27 novembre »

Au Congo, les problèmes économiques et sociaux sont immenses, et le gouvernement de Kabila est certainement critiquable sur certains points. Mais de là à publiquement prendre partie pour l’opposition, comme le fait la résolution du Parlement belge, va à l’encontre de ce que proposent les Nations Unies, qui plaident depuis des mois pour un dialogue et une attitude responsable de tous les acteurs. Le 14 juillet M. Maman S. Sidikou, chef de la Monusco (la mission de l’ONU en RDC) et représentant spécial du secrétaire général de l’ONU, disait encore à la presse que « seul un dialogue inclusif et crédible entre les parties prenantes congolaises permettrait de désamorcer les tensions actuelles, surmonter l’impasse électorale et prévenir la violence ».

En ce qui concerne la situation objective sur les préparations des élections, sans s’exprimer sur la question de la responsabilité, il déclarait : « Que ce soient les experts des Nations Unies venus de New-York pour voir la faisabilité du fichier électoral, que ce soit l’Organisation internationale de la francophonie ou des experts américains, tous nous disent qu’à moins d’un consensus pour aller aux élections avec le fichier actuel et tous ses défauts, il ne peut y avoir d’élections le 27 novembre. »

Or, depuis 2011 – date de l’élaboration du fichier électoral actuel – des millions de Congolais sont devenus majeurs et des millions d’électeurs enregistrés en 2011 sont décédés. Lancer des élections avec le fichier électoral existant n’est donc pas une option si l’on veut des élections crédibles.

Les députés belges de la N-VA, du CD&V, du MR, de l’Open-Vld et du PS qui ont voté pour la résolution au Parlement belge ont donc jeté de l’huile sur le feu et rendu le dialogue plus compliqué. Si le gouvernement belge suit leur proposition, cela risque en plus de créer les conditions pour une énième crise entre la Belgique et son ancienne colonie. Les deux députés du PTB ont voté contre la résolution, et les 23 députés d’Ecolo, de Groen et du sp.a se sont abstenus.

Source: http://ptb.be/articles/elections-au-congo-le-parlement-belge-met-de-l-hu...