A Taipei, les étudiants occupent le Parlement au nom de la démocratie

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A Taipei, au quatrième jour d'occupation du Yuan législatif, le Parlement taïwanais, par des étudiants contestant l'adoption à la va-vite d'un accord de libre-échange avec la Chine, la crise politique menace encore de s'exacerber. Vendredi 21 mars, les manifestants ont appelé à élargir le mouvement : « Nous avons décidé d'étendre notre action en appelant le public à encercler les sièges locaux du Kuomintang », a déclaré à la presse Lin Lei-fan, l'un des principaux leaders étudiants du mouvement dirigé contre le président Ma Ying-jeou.
 

Dans une leçon de démocratie à un pouvoir décrit comme « dictatorial », les étudiants ont organisé dans l'hémicycle des débats sur certaines clauses du pacte sur les services avec la Chine censé élargir l'accord-cadre de rapprochement économique conclu avec Pékin, grand chantier du premier mandat de Ma Ying-jeou.

Signé en juin 2013 à Shanghaï, le pacte sur les services est le seul à avoir été soumis à un examen parlementaire. Mais l'obstination de l'administration à vouloir le faire ratifier en bloc, au lieu d'en débattre chacune des clauses, a conduit à un affrontement prolongé avec l'opposition, tandis qu'une fronde au sein du KMT fragilisait un président déjà impopulaire. Vendredi, le président de l'Assemblée, Wang Jin-pyng, son principal rival au sein du KMT, a refusé de le rencontrer. Ce Taïwanais de souche, réputé conciliant envers l'opposition, devrait jouer un rôle capital dans les jours à venir.

« C'est tout le mode de pouvoir de Ma Ying-jeou qui se lézarde à deux ans de la fin de son mandat », estime Stéphane Corcuff, chercheur au Centre d'études français sur la Chine contemporaine (CEFC Taipei). « L'une des grandes leçons des débats autour du pacte, c'est le rôle qu'a joué le Parlement, c'est là que la résistance a commencé avant que les étudiants ne l'assaillent », poursuit le chercheur. Le KMT a argué de l'expiration d'un délai de trois mois pour proposer le texte en séance plénière. Mais le statut juridique des accords est ambigu : il ne s'agit pas à proprement parler d'accords internationaux en vertu du principe de la « Chine unique », défendu par le KMT et Pékin mais rejeté par les indépendantistes.

Autour du Parlement, qu'occupent des centaines de jeunes, quelque 20 000 manifestants se sont organisés : « Des tentes ont été dressées pour stocker les vivres, des îlotiers distribuent de la nourriture, des couvertures et des bonnets », raconte un observateur étranger familier de la vie politique taïwanaise qui s'est rendu sur place dans la nuit de vendredi à samedi.

« On retrouve les antinucléaires, les partisans du mariage gay, ceux qui ont manifesté l'an dernier suite à la mort d'un appelé », décrit ce témoin, qui constate que le mouvement réunit tous les mécontents qui se sont exprimés ces derniers mois. Ainsi, Chen Wei-ting, l'un des principaux dirigeants étudiants, s'était trouvé en première ligne des manifestations contre la démolition du village de Dapu, dans l'est de l'île, pour faire place à un parc des sciences. Le mouvement avait rallié de nombreux artistes et intellectuels à l'été 2013.

La police, qui n'a pu déloger les manifestants mercredi, est retranchée dans son propre périmètre. Quant aux partis d'opposition, dont le Parti démocrate progressiste (DPP, indépendantiste), ils sont présents sur cette arène politique à ciel ouvert, où ils tiennent tribune, mais restent en retrait. « Ce sont essentiellement des étudiants, des universitaires et des artistes qui mènent le mouvement », précise une chercheuse taïwanaise. « La réclamation essentielle des contestataires, c'est un examen de l'accord qui respecte la procédure démocratique. »

source
http://www.lemonde.fr/international/article/2014/03/22/a-taipei-les-etud...